Si un jour on m’avait dit…

Si un jour, il y a des années, on m’avait dit que je devrais dire au revoir à mon père l’année de mes trente ans, je n’y aurais jamais cru.

Si un jour on m’avait dit que le mot cancer me serait devenu familier je n’y aurai pas cru.

Si un jour on m’avait dit que des histoires de famille pourrait naître après le départ d’un si proche je n’y aurais jamais cru.

Si un jour on m’avait dit, que le deuil d’un parent était si difficile à faire en ces circonstances je me serais sans doute dis que cela n’arriverait pas chez nous.Parce que l’on croit toujours que la maladie, le milieu hospitalier, les heures d’attentes, les minutes d’espoir, la douleur de savoir, n’arrive que chez les autres.

Faire le deuil de mon père je n’y arriverai jamais…

Il est parti un soir de novembre, et je me souviendrais de tout, dans les moindres détails pour le restant de mes jours.Moi qui ai tellement peur de la mort, moi qui en ai des sueurs froides je l’ai affronté de plein fouet quand j’ai dû affronter cet appel que j’ai reçu et que je redoutais tant.

Je m’en veux pour plein de plein de choses, j’en regrette tellement, et j’aimerais en oublier certaines…

Si un jour on m’avait dit que mon papa ne profiterait jamais de sa retraite, endurerait des soins difficiles à supporter, sans se plaindre, nous cacherait tant de choses qu’il savait déjà.Faire le deuil d’un parent est si différent d’un individu à un autre que personne ne peut vraiment te conseiller, t’aider, t’apaiser.Dans une même famille la douleur et la haine d’un départ ne sont pas vécus de la même façon et tant mieux.Nous sommes tous différents devant la douleur.

Si un jour on m’avait dit que je devrais consoler ma fille qui pleure son papi soir et matin, et qui reste inconsolable malgré tous mes mots…

Si un jour on m’avait dit que je devrais entendre ceux des différents services médicaux, et puis les pires, ceux d’après…

Les mairies, les administrations qui ne prennent même pas la peine de t’en adresser un par politesse alors que ta voix tremble et que tes mains ne tiennent pas en place.Si un jour on m’avait dit que je serais capable d’être forte et de serrer autant les dents à certains moments, devant tant de haine et de douleur sanglante…

Dire au revoir à mon père, l’année de mes trente ans, main dans la main avec ma soeur, enceinte jusqu’au coup du second, en soutenant de l’autre ma grand mère, sa maman, prête à tomber par terre mais restant digne, si digne dans la douleur de son départ…

Nous étions ma soeur et moi les petites femmes de sa vie, il est et sera le seul premier de la nôtre.

Si un jour on m’avait dit que tant de choses je devrais affronter, et malgré tout continuer à avancer.Si on m’avait dit…On aurait fait tellement plus.On aurait fait autrement, sûrement..

Si un jour on m’avait dit que je devrais lui parler devant des fleurs et en parlant avec mal au coeur…

Perdre mon père restera ma première et grande douleur, une douleur si forte et si sanglante que la plaie ne cicatrise pas, celle de la haine de l’avoir perdu, de la rage que j’éprouve devant la maladie, cette putain de maladie qui détruit des tas de famille, n’importe quand et n’importe comment…

J’éprouve de la haine, de la rage, de la tristesse, de la peine, immense, de ne plus l’avoir à nos côtés, de ne plus l’entendre, de ne plus le voir, de ne plus le raccompagner à la porte ces soirs d’hiver enneigés, ces soirées d’été…

Mon père est mon héros, un héros vaillant et courageux, un héros qui serrait les dents, celui qui ne s’est jamais plaint, qui a su bâtir sa vie sans vouloir trop grand, et en avançant petit à petit.

Mon père c’est ce héros qu’aucun Avengers ne saurait battre car dans mon coeur il restera le meilleur, celui sur lequel mon épaule droite ne peux plus reposer en réalité.

Je sais qu’il nous regarde, et qu’il est fier de nous, et j’avance pour lui, en essayant de deviner quel choix il m’aurait conseillé…

Si un jour on m’avait dit.

On ne mesure pas au quotidien, avec tous ces petits tracas, que certains proches sont tellement précieux, qu’il faudrait pouvoir se faire pincer à chaque fois pour réagir plus intensément, plus humainement, plus profondément.

Si un jour on m’avait dit, j’aurais fais autrement…

COUCHER DE SOLEIL INDE

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6 Réponses pour “Si un jour on m’avait dit…”

  1. mamandoudouce 9 août 2017 à 9 h 28 min #

    Ton texte est bouleversant…. Je ne peux pas soulager ta peine mais je t’embrasse bien fort

  2. Lucky Sophie 9 août 2017 à 19 h 02 min #

    Rien ne prépare à cela, et j’ai beaucoup de mal à le surmonter aussi. Je suis de tout coeur avec toi <3

  3. julesetmoa 10 août 2017 à 8 h 56 min #

    ♥ ♥ ♥ Je suis sure que papa savait à quel point il comptait pour toi, pour vous. Je t’embrasse fort

  4. Maëline 10 août 2017 à 10 h 15 min #

    J’aurais pu écrire chacun de ces mots, ton texte me touche particulièrement… Je t’envoie des pensées, sois heureuse c’est la plus belle revanche que tu puisse lui offrir. Je t’embrasse ❤

  5. Kid Friendly 10 août 2017 à 15 h 16 min #

    Je n’ai pas les mots. J’aimerais. Des mots qui apaisent l’espace de quelques instants au moins. <3

  6. Les Délices de Framboise 14 août 2017 à 11 h 19 min #

    Ayant perdu mon père très jeune ton texte me parle et me bouleverse.

    Il est parti bien trop tôt, à 30 ans, et plus j’approche cet âge plus je me dis que c’est injuste, c’est très dur d’être une paix avec soi-même. Surtout mon bébé ne connaitra jamais son papi, il a un papi des étoiles.

    Je suis de tout coeur avec toi, je te donne mes plus tendres pensées.
    Bises

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